La construction de l’église

Par  mfa  mercredi 27 juillet 2005.
 

La première église du nouveau village d’Oze a sans doute été construite en 1681 ou 1682. Nous ne savons pas grand chose de son aspect extérieur, ni intérieur... Le village était pauvre et ses habitants ont sans doute bâti une église à la mesure de leurs maigres finances et de leurs connaissances empiriques en matière de construction ... Basse, trapue, voûtée et couverte de chaume, comme leurs propres maisons. Ils n’étaient à l’époque que cent communiants, répartis dans 28 maisons. On peut donc admettre - en écartant les vieux et les femmes - que l’église est l’oeuvre d’une quarantaine d’Ozois. Il est même possible de les imaginer au travail, car les techniques de construction de l’époque sont bien connues.

Une église se devait d’être placée au centre du village, plutôt sur un promontoire et toujours sur un affleurement rocheux pour bien asseoir la construction, régler les problèmes de stabilité et de report de charges et surtout éviter des fondations coûteuses. Le choix du site était donc primordial.

A Oze, tous les villageois sont tombés d’accord pour choisir une cassure de relief, dans le bas de la Rouzié Soubeyranne. Le terrain appartenait à la communauté, il était central et laissait affleurer la marne vive. Une fois décapée et applanie, la plate-forme serait "le bon sol" pour une église. Armé de piquets et d’une corde nouée toutes les deux cannes (± 2m), c’est sans doute le curé qui a tracé le plan sur la marne. Les deux bouts de la corde réunis et trois piquets plantés tous les 3, puis 4, puis 5 noeuds, permettaient de tracer des angles droits. Il suffisait alors de faire un carré, puis d’en accoler un autre pour obtenir un rectangle acceptable... même si les côtés n’étaient pas vraiment parallèles. Nos ancêtres paysans avaient le "compas dans l’oeil" et malgré des moyens rudimentaires savaient trouver le juste rapport d’une dimension par rapport à l’autre, pour contenter l’oeil ...

Certainement pendant les mois d’hiver, pendant le repos de la terre, les Ozois ont charrié des pierres du Buëch avec leurs boeufs et les ont entreposées quelque part sur la place actuelle. Puis au printemps, lorsque le tas a paru suffisant, ils ont construit un four à chaux, sans doute sur l’aire de Ginette ... En trois ou quatre jours d’une cuisson continue, ils ont calciné des pierres calcaires. Puis, à peine refroidies, les ont jettées dans un petit "tomple" plein d’eau, creusé dans le sol, afin que la chaux ainsi obtenue ne fuse pas une fois éteinte. La dissolution, bien grasse et mélangée au sable du Buëch, faisait un excellent mortier pour liaisonner les pierres.

Par mesure d’économie, ils ont soigneusement monté les murs en parement de chaque côté et ont rempli le vide du milieu avec tout ce qui leur tombait sous la main : éclats de pierres, bouts de bois, blocs de marne et même ... de la terre. Le tout noyé au mortier de chaux assurerait l’homogénéité des murs qui devaient faire à la base près d’une canne d’épaisseur et présenter un "fruit" important.

Une ouverture laissée au couchant et encadrée de pierres taillées sur leurs faces extérieures, serait la future porte. Vers un mètre cinquante de hauteur, ils ont arrété de monter les murs et ont bouché la porte avec quatre planches bien jointives. Tous ont alors transporté de la terre pour remplir le quadrilatère. Réquisitionnés à leur tour, les gamins arrosaient chaque nouvelle couche avec des seaux d’eau, transportés depuis la source des Maryons, au milieu du Pré Lafont , vers la maison des Delhoume et piétinaient à qui mieux mieux pour bien tasser.

Arrivé au sommet des murs, le gigantesque pâté a été arrondi avec de la terre glaise afin de lui donner la forme d’une voûte. Une voûte en berceau, la plus facile à réaliser sans compétences particulières et aussi la mieux adaptée à un bâtiment tout en longueur.

Les plus adroits ont alors étalé une épaisse couche de mortier sur le gabarit de glaise et y ont posé des pierres, à l’équerre de la surface : les plus grosses à la base, appuyées sur les murs, en diminuant le plus possible leur épaisseur jusqu’au sommet, pour alléger la charge. Puis, vite, ils ont encore montés les murs extérieurs jusqu’à dépasser le sommet de la voûte. Et pour bien bloquer le tout, ils ont comblé l’espace entre les murs et les reins de la voûte avec des pierres et n’importe quoi de lourd. Il ne restait plus qu’à attendre que le mortier ait pris. D’ailleurs, pour plus de sûreté, mieux valait laisser passer l’été... Quatre ou cinq peupliers abattus un an plus tôt - à la bonne lune pour qu’ils ne prennent pas les vers - attendaient dans un coin de la place. Transformés en charpente, ils furent recouverts, après les moissons, avec le chaume glané par les femmes et les enfants et regroupé en javelles de longueur égale.

C’est sans doute vers "la Magdelaine" de septembre que tout le village, assemblé autour de son curé, a assisté à l’épisode le plus angoissant de la construction : la sortie de la terre par la porte ! Il était fréquent que des voûtes mal calculées ou mal bloquées se fissurent en dessous vers la clef ou en dessus vers le milieu des reins... à moins qu’elles ne se disloquent et s’effondrent carrément ...

Mais, à Oze, Saint Laurent devait veiller ! Car - reconnaissons le - si la voûte s’est maintenue en l’air, cela tenait plutôt du miracle que de savants calculs de report de poussée ...

MFA - août 2000