Un curé à Oze, à la fin du XVII ème siècle

Par  mfa  mercredi 27 juillet 2005.
 

Vers 1681, c’est Arnaud qui a inauguré, avec ses ouailles, la toute nouvelle église d’Oze. Il est le premier de nos curés qui ait reçu une formation. Le premier qui sâche lire et écrire (ne souriez pas ...) Le premier qui ait des notions de théologie et qui comprenne le latin qu’il récite .

Pendant les Guerres de Religions, on avait reproché à l’Eglise catholique - et à juste titre - le manque de formation du clergé, le relâchement de ses moeurs et son inculture désolante... Une sérieuse prise de conscience s’en était suivie, une sorte de "Réforme catholique" qui, pour mieux opèrer le redressement nécessaire, mena - entre autre - à la création des séminaires.

Fondé en 1673 à Corréo, avant de s’installer deux ans plus tard à Gap, rue de Grenette, le Grand Séminaire formait enfin des curés dignes de ce nom et capables de conduire les paroissiens qui leur étaient confiés. C’est là qu’Arnaud avait été préparé à reconstruire l’Eglise des Alpes, dévastée par les guerres : au propre, comme au figuré.

Il suivait d’ailleurs une sorte de formation continue au séminaire, puisque l’évêque avait instauré huit jours par an de retraite spirituelle obligatoire, par roulement : à peine d’y passer quinze jours au lieu de huit. Arnaud s’y rendait chaque année, sans oublier d’apporter selon les recommandations : son surplis, son bonnet quarré, son Nouveau Testament, son écritoire et du papier. Tout y était parfaitement organisé pour le logement : il fallait que chacun fasse apporter une paire de draps avecq soy. Et divers théologiens étaient là, prêts à répondre à toute question d’ordre pratique ou spirituel :

-   Que doivent faire les curés lorsque les paroissiens se plaignent que les insectes mangent leurs fruits ? Peuvent-ils se servir de certains exorcismes et d’une manière de bénir l’eau qui ne soit point dans le rituel ordinaire ? Peuvent-ils jeter de cette eau dans les terres ? Y en a qui le font, d’autres qui croient ne leur être permis ? Peut-on donner l’eau du baptême à un enfant mort que d’abord et né ensuite ?

Les réponses à toutes ces questions spontanées donnaient lieu à des ordonnances du Chapitre :

Un prebtre peut faire abjuration des chenilles et vermines et demander la pluie à Dieu ou le beau temps, suivant l’eschéance du besoin. Un petit enfant peut être ondoyé par une personne assez instruite, s’il a donné signe de vie.

Arnaud, inquiet de mal faire, y trouvait souvent la solution de ses problèmes :

Etienne Allouis, veuf chargé de deux enfants, peut-il épouser Domenge Martin, bien que sa parente au troisième degré ? Car personne au village n’a voulu se charger de ces deux petits en épousant le père. Et, il n’y a que Domenge qui le veuille bien. - Puis-je sonner la cloche pour éloigner le tonnerre des orages ?

A la longue, ces ordonnances finissaient par faire un "vade mecum " de bonne conduite, à l’usage des curés. Parfois, il était facile de s’y conformer : Défense de fréquenter les cabarets, de jouer aux cartes ou aux jeux de hasard, de se trouver dans des bals et à toute autre action profane qui soit indécente et contrère à la dignité du ministère, de tenir dans sa maison aucune femme, fille ou servante à moins qu’elle ne soyt soeur, parente ou alliée jusqu’au 3 ème degré et d’un âge avancé.

Mais quand il s’agissait de : La lampe brulera tout le jour devant le Saint Sacrement , comment pouvait-il faire, lui qui avait à peine de quoi subvenir à son entretien ? L’huile de noix était chère et il lui faudrait encore faire appel à la générosité de ses paroissiens ...

Des paroissiens aussi démunis que lui et qui avaient déjà bien du mal à payer ce qu’ils lui devaient, selon un barème établi par l’évêque : une livre pour la sépulture d’un chef de famille et 10 sols pour celle d’un petit enfant. Trois livres pour les bans de mariage des riches et trente sols pour ceux des pauvres .

Il pourrait certes se rattraper en mettant deux livres d’amende au premier paroisssien qu’il croiserait un 15 août en train de faire oeuvre servile et prohibée en travaillant sur le bord du Grand Chemin, nonobstant la solemnité de la feste. Ca, il en avait le droit, c’était noté dans les ordonnances !

Mais, ce n’est pas pour autant qu’il aurait chaud l’hiver prochain dans sa cure ... ! Une pauvre mazure accosmodée tant bien que mal et qui laissait passer la bise de partout ... Surtout, si sa chambre était - comme on l’imagine volontiers - la petite pièce au nord dont on vient de découvrir la lucarne de pierres chanfreinées, en refaisant la façade arrière du bâtiment.

Il n’avait même pas la possibilité de se mettre une perruque, pour parer du froid la peau de son crâne mise à nue par la tonsure ... ! L’évêque venait justement de décrêter : l’abus et l’himodestie des perruques nous oblige à les défendre à tout ecclésiastique.

Pauvre curé Arnaud, qui a dû attraper nombres de sordilles d’oreilles dans les courants d’air de sa cure, pendant qu’il notait soigneusement les baptesmes, mariages et sépultures de ses paroissiens dans son registre, conformément à l’Ordonnance de Villers-Cotterets ... S’il avait pu se douter que le baptistaire en question finirait par moisir dans un coin d’écurie et que nous ne pourrions même pas admirer son écriture si appliquée ... il en aurait été tout aussi mari que nous ... !!!

MFA - août 2001