Le testament de Jean Paviot , curé d’Oze

Par  mfa  mercredi 27 juillet 2005.
 

Raconter la vie des Ozois, avant les années 1700, relève le plus souvent du puzzle ! Les documents disponibles les concernant sont rares, éparpillés ... et la découverte d’un nouveau texte remet souvent en question « l’Histoire » qu’on avait échafaudée.

Tout à fait par hasard, je viens de découvrir chez un notaire de la Batie-Montsaléon, le testament de Jean Paviot, curé d’Oze. Vous vous souvenez, nous avions parlé de sa nomination à la cure d’Oze, en 1652, dans la chronique "Enfin une église..." C’était le fils d’un des trois frères Paviot installés au prieuré de Véras.

Je le croyais mort au tout début des années 1680 et avais attribué, à tort, la construction de l’église à Pierre Arnaud son successeur ... Or, il vivait encore le 4 avril 1684. Sentant sa dernière heure venue, il avait fait appeler le notaire de la Batie Montsaléon à son chevet :

" Au nom de Dieu, Amen. Sachent tous, présents et à venir ( donc nous !! et surtout moi ... ) que ce jour d’huy 4ème d’avril après-midi, 1684, dans la chambre curiale, en présence des témoins, par devant moi notaire soussigné, s’est établi Messire Jean Paviot, prêtre et curé de Saint Laurent d’Oze, lequel de son gré - quoique détenu dans son lit de maladie corporelle, sain néanmoins de ses sens, mémoire et entendement, considérant comme la vie de ce monde être passagère et que le plus souvent on se trouve surpris de la mort, hors d’état de pouvoir disposer de ses biens, pour obvier, a voulu faire son testament et ordonnances de dernière volonté. Il a commencé par le signe de la Sainte Croix, en disant : In nomine Patris et Fillii et Spiritus Sanctus Amen. A recommandé son âme à Dieu son créateur, le suppliant humblement, par l’intercession de la Glorieuse Vierge Marie, de tous les Saints et Saintes de Paradis que lorsque sera son plaisir l’appeler à trépas, il veuille colloquer son âme au Royaume Céleste de Paradis, au nombre des Bienheureux, élisant sépulture à son corps - l’âme en étant séparée - dans l’enclos du prieuré de Véras".

S’ensuivent ses dernières volontés :

- il laisse à la communauté d’Oze toutes les sommes et autres choses qu’elle lui peut devoir.

- il lègue à l’église paroissiale ses pré, verger et jardin pour que les curés à venir puissent en jouïr. Le pré et le verger ont été vendus dès 1698 à Alexandre Illy, lequel les a maintenus, et ses successeurs après lui, jusqu’au début du XXème siècle. Ils sont aujourd’hui occupés par l’ex-maison verte Allouis et son jardin. Quant au jardin jouxtant la cure, tous les curés, jusqu’au dernier, y ont cultivé quelques légumes pour leur table et des fleurs pour l’église.

Beaucoup d’adultes d’aujourd’hui se souviennent, sans doute, des framboises que Mme Bestagno y faisait pousser et qu’ils rêvaient, enfants, d’y faucher en passant ... !

Disparu, le jardin du curé ... Une moitié est devenue jardin privatif du rez de chaussée de la cure, et l’autre a été transformée en parking ...

- il donne à sa sœur Isabeau, femme du juge de Veynes ( sa préférée ? ) ses deux brebis et une jupe d’étoffe de ménage .

- 3 livres à chacun de ses demi - frères et sœurs. Ils sont neuf, donc : 27 livres.

- il nomme exécutrice testamentaire : Dyane Fleur, seconde épouse de son feu père qui l’a élevé, lui demandant de prélever l’argent nécessaire à ses légats sur le reste de sa portion congrue qui est dans son coffre, parmi ses papiers et veut qu’elle garde le surplus. Il s’en remet enfin à elle, pour ses œuvres pies, sans préciser. En général, il s’agissait d’une distribution de pain aux pauvres.

- il entend qu’elle remette à son frère Jacques, prêtre à Grenoble, tous ses livres et son calice.

et, pour finir, il donne son fusil et 3 livres à son neveu Michel, fils de sa sœur Marie. Il avait sans doute une affection particulière pour ce neveu...Peut-être le seul qui venait lui rendre visite à Oze ? Le reste de la famille : notaire, avocat, juge, procureur, marchands, ne devait pas souvent fréquenter ce misérable curé de campagne...

Priant les témoins d’en être mémoratifs, Paviot signe péniblement son testament. Il devait être au plus mal... Le notaire a - à la suite - rédigé pour lui un acte d’abandon de paroisse, à remettre à l’évêque de Gap qu’il n’a pu signer à cause de sa faiblesse provenue de maladie .

30 livres, 2 brebis, un fusil, son calice ... bien maigre héritage à partager ! Le vœu de pauvreté n’était pas un vain mot pour ce curé, pourtant issu d’une des familles les plus riches de Veynes.

Et dire que je l’avais - de plus - dépossédé de la construction de l’église d’Oze... ! Du "Royaume Céleste de Paradis" où il doit être, qu’il veuille bien me pardonner ...

Et que chacun se souvienne que c’est à Jean Paviot que nous devons notre église !

Marie-Françoise - février 2005