Une famille de "maçon-charpentier"

Par  mfa  lundi 1er août 2005.
 

(JPEG) En faisant quelques travaux de restauration dans sa grange, Alain Synave vient de trouver des inscriptions, au crayon noir, sur les poutres.

Pour certaines, il s’agit d’une simple signature : Michel Rabani.

Mais une autre est un petit texte daté et signé : Dieu nous protèse (sic) et nous bénisse Daniel Rabani 23 Mai 1863

Emouvants témoignages laissés par deux Ozois, il y a 140 ans... Deux Ozois qui n’ont pas eu de descendance et dont plus personne ne se souvient, puisqu’ ils sont morts avant la fin de la Guerre de 14 -18. Ils ont pourtant eu une certaine importance au village, car ils excerçaient le métier de “maçon-charpentier” et ont du travailler dans la plupart de nos maisons.

Ils étaient des cousins germains de la “mère Disdier”. Leur père Michel était né en 1797 dans le séjour de Jean et Marie-Françoise. Il avait été placé en apprentissage chez un maçon de Veynes et ce n’est qu’une fois le titre de maçon en poche qu’il avait songé à prendre épouse. En toute logique, il était venu la choisir dans son village et s’était marié en 1828 avec Anne Brunet de la maison de Mme Bertrand. Leurs cinq premiers enfants sont nés à Veynes où il travaillait. Puis en 1840, pour une raison que j’ignore, ils sont venus s’installer à Siva. Leurs trois derniers enfants sont donc nés Ozois. Etablir cinq garçons n’était pas particulièrement facile à cette époque, surtout si l’on possédait peu de terres.

Tout naturellement, les fils avaient prété la main à leur père dès leur plus jeune âge et avaient appris toutes les ficelles du métier de “maçon-charpentier”. C’est donc - tout aussi naturellement - qu’ils devinrent “maçon-charpentier“ à leur tour... vivant tous ensemble à Siva.

Michel, l’aîné, ne s’est jamais marié. Jean, le second, est parti excercer ses talents ailleurs, mais je ne sais où... ? Daniel s’est marié en 1869 avec une Mélanie Roux de Chabestan. Ils n’ont pas eu d’enfants et il est mort à Siva en 1898. Adrien est mort le 4 décembre 1859, à 21 ans, à l’hôpital militaire de Tlemcen en Algérie. Il avait tiré “un mauvais numéro” et était parti pour sept ans de service militaire comme cavalier de 2ème Classe. Scipion, trop jeune pour travailler avec le père, n’avait pas appris le métier. C’est donc lui qui a cultivé les terres de Siva. Marié en 1881, avec une fille d’Agnielles, il n’a pas eu de descendance et il est mort en 1903.

Quant aux filles : Rosine a épousé en 1863 Joachim Aurouze de l’actuelle maison Bermond de la place et elle l’a suivi à la Seyne-sur-Mer où il était préposé aux Douanes. Louise, la dernière, s’est mariée avec un collégue de ses frères : Louis Grimaud,“maçon - charpentier “ à Chabestan C’est son fils Lucien qui est revenu vivre à Oze, début 1900, dans la petite maison -aujourd’hui démolie- en face de chez Alain Synave que les plus agés ont connue sous le nom de “chez Grimaud”.

Si personne au village n’a pu me décrire Daniel Rabani, Gabriel Bermond se souvenait fort bien de Michel. Lorsqu’il était enfant, il passait des heures à regarder travailler ce vieillard à longue barbe blanche. Hébergé à la fin de sa vie par son neveu Grimaud, un jour de février 1913, à 75 ans, il était tombé du balcon, sans rambarde. Relévé “tout cassé”, comme il était classé “indigent”, c’est la commune qui avait pris en charge ses frais de médecin et de médicaments. Désormais impotent et pour ne pas être complétement à la charge de son neveu, il fabriquait des pièges pour les “Armes et Cycles de Saint Etienne” qu’on lui payait 2 sous pièce ... Et, il en a fabriqué jusqu’à la veille de sa mort le 24 juin 1918.

Si la maison d’Alain Synave a traversé les cent quarante dernières années sans que la vermine attaque les poutres, ni que la foudre ne s’y abatte... on aurait bonne grâce à croire que c’est l’invocation de Daniel Rabani qui l’a protégée !

En plus de la réfection de la charpente d’Alain, les frères Rabani ont sans aucun doute oeuvré dans d’autres maisons du village, lorsqu’il a fallu remanier les charpentes pour remplacer le chaume par des tuiles... Et puisque toutes nos maisons sont debout... Allez savoir si elles ne sont pas protégées par les mêmes inscriptions ... ?

Alors, tous à vos lampes électriques, pour aller inspecter vos poutres !!!

MFA - juillet 2003