Ah ! Les belles fêtes d’antan !

Par  mfa  jeudi 1er septembre 2005.
 

Cette année encore, nous avons dignement fêté Saint Laurent, patron de notre village. Rien qu’à évoquer les déguisements concoctés avec les moyens du bord, on est encore pris de fous rires !

Il est vrai que les Ozois aiment s’amuser !!! Et figurez-vous que ce n’est pas nouveau ...

La fête patronale de Saint Laurent existe depuis des siècles !

Le Concile de Trente avait généralisé, dès 1563, le patronage d’un saint pour chaque paroisse, afin que par le biais d’images et de légendes, il participe à la christianisation progressive des mentalités. Chaque paroisse avait donc choisi son Saint Patron.

A Oze c’était St Laurent, à Chabestan : St Barthélemy, au Saix : St Vincent, à St Auban d’Oze : St Paulin, plus tard remplacé par un hypothétique St Auban.

Le jour de la fête de son saint tutélaire était pour chaque paroisse l’occasion de se regrouper, en affirmant son identité et en festoyant de bon cœur, sous sa protection. Comme l’Eglise interdisait de travailler le jour de la fête patronale, ce repos forcé, dans la longue file des jours «  oeuvrés », tombait « on ne peut mieux » à Oze. Le 10 août, jour de la St Laurent, étant approximativement la date de la fin des moissons, permettait à chacun de se reposer enfin, une fois la récolte engrangée.

C’était l’occasion de ripailles, de défoulement, de décompression, de jeux, de courses, de chants, de danses et de rigodons. Nous n’avons malheureusement pas de description écrite de ces festivités. Nos ancêtres maniaient alors peu l’écriture ... !

Ce n’est qu’à partir du début du XXème siècle que l’on peut trouver dans les « Dauphiné Libéré » de l’époque, conservés aux Archives Départementales, des articles détaillés sur les fêtes votives de chaque village. Le journal « Alpes et Midi » vient justement de publier un extrait de celui du 11 août 1905. On peut y lire :

« OZE, fête patronale - 13 août 1905

Programme :
-  course des jeunes garçons - prix : un buvard
-  course des fillettes - prix : un panier
-  course des jeunes filles - prix : une boite à ouvrage
-  course aux trois sauts - prix : une aristonette
(une petite boite à musique à manivelle)
-  jeu de la cruche - prix : un paquet de cigares
-  course à reculons - prix : une jolie pipe
-  course en sac - prix : une élégante ceinture de cycliste
-  jeu de la poële - prix : deux prix de 0,50 F
-  course de bicyclettes sur route (réservée aux habitants) -prix : un parapluie monture aiguille

A 8 heures du soir : concours de chant - 1er prix : un grand tapis de table, 2ème prix : un beau foulard de soie

Lundi 14 août :

  1. Concours de boules - 1er prix : un chapeau, 2ème prix : un beau foulard de soie.
  2. Jeu de paume (réservé aux jeunes gens du pays) - 1er prix : un chapeau, 2ème prix : un beau foulard de soie

A 4 heures du soir : Tir au fusil (100 m, armes fournies par les tireurs. 3 balles additionnées par tireur. La mouche vaut 10 points) - 1er prix : un superbe service à bière avec panier, 2ème prix : un élégant sac à cartouches.

Un cordial accueil est réservé aux étrangers. »

C’était il y a tout juste cent ans ... Grands et petits se défoulaient à qui mieux mieux, dans ces jeux simples et bon enfant ! Nous en connaissons certains, mais d’autres ont définitivement disparus ...

Souvenez vous, il y a trois ans, nous avions remis au goût du jour, pour les petits, le jeu de la cruche - un peu revu et corrigé, faute de cruches. Les enfants devaient, les yeux bandés, percer à coup de pique-feu des sacs plastiques pleins d’eau, suspendus au-dessus du boulodrome ... Succès et fous rires assurés !!!

Le jeu de la poële était incontournable lors des vogues d’antan ! A Oze, une corde était tendue au-dessus de la route, entre une branche d’un gros noyer au bord du champ de Georges et un volet de l’école. On y accrochait une poële au cul bien noirci par le feu et au milieu du cul de la poële, on collait un sou avec de la colle de farine. Les concurrents devaient attraper le sou ... avec les dents et terminaient aussi noirs que des ramoneurs ! Ce qui, bien sûr, déclenchait l’hilarité générale ...

La course à reculons, ne devait rien avoir à envier à notre désormais traditionnel lancer de savate et il serait sans doute amusant de la remettre au goût du jour ... Tandis que, pour des raisons de sécurité et d’assurance, le tir au fusil et les courses à vélo ne sont plus envisageables ...

Le jeu de paume se jouait sur la place de l’église, à 4 contre 4, avec des règles similaires à celles du tennis. Un camp se situait entre la maison de Georges et le mur du jardin public ; l’autre devant chez Ginette. Vers le milieu, à peu près à la hauteur du tilleul, un trait au sol marquait « la chasse » qui correspondait à notre filet de tennis. Une balle de cuir bourrée de son s’échangeait d’un camp à l’autre, avec la paume de la main nue ! Celui qui envoyait était « le battoir », celui qui recevait « le rochas ».

Les courses se couraient autour du village : départ devant chez les Bermond, montée jusqu’à l’église, descente par chez les Sauvebois et retour au point de départ par la route. Un tour pour les " jeunes filles ", mais plusieurs pour les garçons !!

Le concours de boules se jouait dans les rues du village, puisque le boulodrome n’existait pas encore ...

Si nos ancêtres poussaient la chansonnette pour un concours dont on aimerait avoir des enregistrements (... ! ), ils ne chantaient pas encore « Salut mon beau pays ». Cet hymne n’a été composé qu’à la St Laurent de 1927, par un certain Joseph Gay du Saix, pour l’inauguration de tous les travaux de modernisation exécutés dans le village depuis 1922 : adduction en eau potable, assainissement, bains-douches, éclairage électrique, agrandissement du cimetière et téléphone.

Le programme de 1905 ne parle pas de bal ... Pourtant, il y en avait un, le soir, sur la place, avec un accordéoniste que le village nourrissait ce jour-là.

On ne parle pas non plus, d’une certaine Melle Rabasse de Veynes, qui venait vendre des glaces ... Or, c’est surtout d’elle dont se souvenaient tous les anciens qui nous ont récemment quitté ... ! Pour les enfants qu’ils n’étaient plus, ses glaces avaient sans doute le délicieux parfum de l’exceptionnel ... comme les « belles fêtes d’antan »...

Marie Françoise - août 2005