Oze

Par  mfa  jeudi 17 novembre 2005.
 

Oze est un petit village du département des Hautes Alpes (05 ), à seulement 30 kms de Gap et 5 Kms de Veynes (gare SNCF ).

Situé dans le Sud du département, à 800 mètres d’altitude, au Nord du Pays du Buëch, il bénéficie d’une situation privilégiée où la montagne hésite encore à céder la place à la Provence.

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Oze, au pied de la montagne d’Oule

Blotti au pied de la montagne d’Oule, qui le domine de ses 1609 m, le village s’étale au soleil, adossé à un cirque de marnes noires dénudées.

Barré au Nord-Est par l’imposant massif du Dévoluy, l’horizon s’y ouvre largement, au Sud, à l’influence bénéfique du climat méditérranéen.

Par la luminosité exceptionnelle de son ciel ( 2 400 heures de soleil/an ), la douceur de son climat et l’extrème pureté de son air, ce coin de France a été classé au premier rang en matière de qualité de vie et d’environnement (enquête RTL-le Point. 1993 ). Le CNRS a d’ailleurs choisi le plateau de la montagne d’Aurouze, toute proche, pour y implanter un institut international de radioastronomie millimètrique ... C’est tout dire !

Au nord, le territoire de la commune est délimité par le ruban caillouteux du Petit Buëch, avec une petite enclave de l’autre côté de la rivière, vers le col de la Beaumette.

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Oze, entre Buëch et marnes

Un territoire silloné de quantité de béals et de rifs qui descendent des marnes vers le Buëch. Fougeux, lors des pluies d’automne ou des orages d’août ... ils sont désespèrement à sec le reste de l’année. A l’exception cependant des rifs de la Bachassette, de la Girouille et du Bourget où un filet d’eau subsiste... même en plein été.

Les étés à Oze sont secs, très secs ... et les hivers aussi, malgré quelques chutes de neige -de moins en moins abondantes- vers mi novembre, début janvier et février.

Quatre vents dominants balaient la campagne :
-  la "Bise de Lus", vent glacial du Nord - cousin du Mistral - qui chasse les nuages et ramène le beau temps.
-  la "Traverse", vent du Nord-Ouest qui parfois "pousse Seille" en hiver, soupoudrant le village de la neige gelée qu’il a arrachée en passant sur les montagnes aux environs du hameau de Seille, au dessus de la Faurie.
-  le "Lombard", vent d’Est venu de Lombardie qui amène la pluie.
-  et "Le Vent", ce vent de plein Sud - rare et que l’on craint - dont les violentes rafales occasionnent toujours des dégats aux toitures, cassent les branches et déracinent parfois des arbres. Nos ancêtres n’avaient même pas osé le nommer et le qualifiaient péjorativement de "LE" vent, comme ils auraient dit "le mauvais vent".

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le village

Le village n’a rien d’un village groupé. Incendié en 1573 par les protestants, pendant les Guerres de Religion, il s’est reconstruit à "structure lâche". Les maisons s’étirent à la queue leu-leu le long du béal de Girouille, suivant la pente du terrain de la "Rouzié Basse" jusqu’à la "Rouzié Soubeyranne"(haute). Au XIXème siècle, ces vieux noms ont été remplacés par "sous la crous" et "sub la crous", expressions patoisantes tout aussi explicites, pour désigner les maisons, de part et d’autre de la croix de bois qui domine l’église, au milieu de la pente. De nos jours et sans aucune poésie, on ne parle plus que du "bas" et du "haut" du village ...

Jusqu’à ces dernières années, toutes les maisons dataient de la reconstruction de 1573-74, à l’exception d’une construite en 1929 et une autre en 1935.

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la Charrière

A quelques centaines de mètres du village, se trouve le hameau de la Charrière, perché sur une petite éminence. Il est formé des quatre maisons alignées qui ont miraculeusement échappé à l’incendie de 1573, protégées par un coup de bise providentiel qui a rabattu les flammes vers le Pré Davin. Leur structure de base date donc de la première reconstruction du village en 1472, lorsqu’il a quitté le village perché. Le nom du hameau, issu du bas-latin "chariera" (la rue) garde encore le souvenir du temps où ces maisons bordaient une rue du vieux village. Un peu plus haut sur le serre, la ferme du Villard, de la même époque, est inhabitée depuis la fin des années 1960. Son nom d’origine qui signifie : maison hors de l’enceinte du village, a été oublié et depuis un siècle déjà, on l’appelle le Serre, en raison de sa situation.

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l’église

L’eglise est au centre du village, à mi-chemin de la montée. Une église qui, au cours des siècles, a subi bien des vissicitudes (cf : "Petites Chroniques de St Laurent"). Reconstruite et restaurée à plusieurs reprises, elle est de type méditerrannéen et ressemblerait presque à une chapelle des îles grecques, avec ses tuiles canal et son clocheton.

Construite en 1890, l’Ecole a été la risée du canton pendant quelques années et fait encore sourire le promeneur qui lève les yeux sur sa façade. A croire que le maçon était illétré ... les Ozois, aussi incultes que lui ... et l’instituteur, absent ou endormi.... !

Le "N" d’Ecoles Communales est à l’envers !!! (JPEG)

Mais, comme depuis longtemps " le ridicule ne tue plus", cela n’a pas empèché des générations d’Ozois d’appendre à lire et à écrire sous ce fronton saugrenu ... Et quand bien même la façade viendrait à être restaurée, le "N" à l’envers resterait ... Il fait désormais partie du Patrimoine du village !

A l’écart, derrière le serre de Guilhe, deux maisons sont là depuis 1472.

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Champ Mollet

-  La ferme de Champ Mollet était la première demeure du baron d’Oze, avant qu’il ne fasse construire le petit château de Chabestan. Son pigeonnier et son four banal, témoignent encore de son passé noble. En 1573, elle appartenait à un veynois, protestant, secrétaire de Lesdiguières, ce qui explique qu’elle ait échappé à la hargne des religionnaires qui ont incendié le village. Depuis une quinzaine d’années, à l’instigation des nouveaux habitants, elle a repris son nom d’origine, après avoir été nommée pendant tout le XXème siècle "chez la mère Disdier", du nom de sa dernière propriétaire.
-  Isolée au bout du Serre de Guilhe, la ferme de Bastia a échappé aux flammes, elle aussi, pour des raisons similaires. Le propriétaire d’alors était un notaire protestant de Veynes. Depuis une cinquantaine d’années, son nom de Bastia qui signifie ferme isolée, a été abandonné au profit de Champ de Doire.

Beaucoup plus excentrées, à deux ou trois kilomètres du village, deux fermes - anciennes métayeries du prieuré de Véras - témoignent du temps où l’Eglise possédait la moitié du territoire d’Oze.

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la Bastionne

-  la ferme de Siva, vers Chabestan, a été récemment transformée en gites ruraux par deux sympathiques hollandais : Inge et Arnaud qui n’ont pas ménagé leur peine pour offrir à leurs hôtes un charmant séjour bucolique.

-  la ferme de la Bastionne, perchée dans un vallon des premiers contreforts de la montagne d’Oule, au dessus du pont du Buëch, sur la route de Veynes, se nommait autrefois "la Batie sous Véras". A mi-chemin entre Oze et Veynes, ses habitants ont eu, au cours des siècles, des relations de proximité privilégiées avec le chef-lieu du canton, mais n’en sont pas moins restés toujours profondément "Ozois de coeur".

L’ancien prieuré de Véras est lui aussi à l’extérieur du village, en direction de Veynes. Possession de l’abbaye de St Victor de Marseille, il a été pendant des siècles la résidence de prieurs chargés de faire fructifier le domaine d’une cinquantaine d’hectares que l’Eglise possédait sur le territoire d’Oze.

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le prieuré de Véras

Charles Grégoire Anglés, dernier prieur en poste, a acheté aux enchères le prieuré et le domaine, lorsqu’ils ont été vendus en 1791 comme Biens Nationaux. Peu à peu, il a transformé les bâtiments, créé un parc clos de murs, aux arbres d’essences rares. Jusqu’à sa mort, la bonne société veynoise et gapençaise se retrouvait chaque semaine dans ses salons pour des soirées littéraires ou politiques. Légué à un de ses neveux parisiens, le domaine a été vendu en 1849 à la famille Itier, venue de Montpellier et originaire de Serres qui y a mené "grand train", elle aussi, jusqu’au lendemain de la guerre de 14-18. Après une longue période d’abandon et de ruines, vendu à nouveau, il est depuis dix ans en cours de réhabilitation.

Celui que tout le monde nomme affectueusement "le berger", s’est installé sous le village : au Gravas, vers la fin des années 1980, avec sa famille et ... ses moutons. Beaucoup de moutons ... ! Leurs bêlements et le tintement de leurs sonailles montent gaiement jusqu’au village et sont devenus si familiers qu’on ressent un pincement au coeur lorsqu’ils partent en transhumance, à chaque St Jean, pour les alpages de la montagne d’Aujour. C’est avec plaisir qu’on les voit redescendre, enfin, vers fin octobre, parsemant la route de leurs "petites olives noires". Chacun se remémore alors, avec émotion, l’époque déjà lointaine où chaque maison avait son troupeau et où le village vivait encore aux rythmes de l’Agriculture.

Resté statique pendant plusieurs siècles, Oze s’est soudain agrandi au tournant du XXI ème siècle. Une dizaine de nouvelles maisons ont poussé comme des champignons ces dernières années dans le bas du Pré Lafont, sans réelle unité, accentuant encore l’aspect hybride de l’habitat.

En effet, si la majorité des maisons du village date de 1573, elles ont perdu leur caractère provençal qui était la base de l’architecture locale. Une première vague de restauration, dans les années 1860, avait remplacé le chaume des toîts, bien trop dangereux, par des tuiles canal fabriquées dans la vallée. Tout le sud des Hautes Alpes ayant suivi la même voie, il s’en était suivi une uniformité de toîts à faibles pentes, agrémentés de génoises en rive, typiques de la vallée du Buëch.

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Une seconde vague de restauration, beaucoup plus intempestive, transforma radicalement le village dans les années 1930. Les Ozois entreprirent d’améliorer leur habitat en tombant les voûtes, en rajoutant un étage et en perçant des ouvertures puisque l’impôt sur les portes et fenêtres était enfin aboli depuis 1917. Lassés de "regouttoyer" chaque année, ils remplacèrent les tuiles canal par des tuiles plates mécaniques, changeant à nouveau pour des toîts plus pentus. Et, sous prétexte de modernisme, certains ajoutèrent même des "croupes en pignon", de type gapençais, que rien ne justifiait dans les conditions climatiques d’Oze. Pour certaines maisons, le changement fut tel qu’on a du mal à les reconnaitre sur des photos des années 1920 !

(JPEG) Remplacées par du béton, les belles pierres chanfreinées des ouvertures ont disparu, ainsi que les linteaux sculptés et chiffrés. Il subsiste donc peu d’élèments d’architecture anciens au village, à l’exception d’une fenêtre Renaissance à coussiège à Champ Mollet et d’un joli linteau fleur de lysé dans un petit recoin bien caché de la maison Dantés.

Nos ancêtres (s’ils pouvaient revenir ...) ne reconnaitraient plus leurs maisons, ni les rues du village où les cloaques ont disparus. Les granges abandonnées sont devenues des résidences secondaires, largement éclairées par des "vélux". Les écuries délaissées se sont transformées en chambre ou en garage. Des terrasses ou des parkings ont remplacé les aires à battre désertées. Les anciennes porcheries n’abritent plus que les géraniums pendant les mois d’hiver. Les salades et les poireaux qu’on surveillait d’un soin jaloux au pied des maisons, ont été relégués loin de la vue et ont fait place désormais à des rosiers plus présentables. Disparus les innombrables bouts de bois, bourras, ferailles qui encombraient le moindre recoin. Le "ça peut toujours servir" a fait place au "ça fait sale". Oze a même obtenu un prix au concours départemental des Villages Fleuris ...

En un raccourci sans doute un peu rapide , disons que d’agricole, Oze est presqu’aujourd’hui devenu "plaisancier".

Pourtant, les adaptations à la vie moderne - qui sont de toutes les époques - n’ont jamais été des transformations radicales. Il reste toujours des traces des siècles passés et à coup sûr, un esprit de clocher.

A Oze, l’amour de "son" terroir, de "son" village, est bien vivant dans le coeur de chacun des habitants et aucun d’entre eux ne pourrait vivre longtemps loin d’Oze, sans venir se ressourcer régulièrement sous la protection tutélaire de "sa" montagne d’Oule...

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MFA - novembre 2005