Un inventaire

Par  mfa  lundi 25 juillet 2005.
 

((Un inventaire))

Histoire de nous mettre en condition, en vue du vide-grenier de cet été, il serait bon de méditer sur cet inventaire après décès, rédigé par le notaire en avril 1687 chez un certain Grégoire Andrieux, habitant à Oze, dans une maison aujourd’hui disparue, quelque part entre celles de Cécile et de Roger.

Nous nous disons tous : « Moi, je n’ai rien à porter au vide-grenier. » Et pourtant... ! La comparaison avec le contenu de la maison de ce Grégoire nous convaincra peut-être que tout ce qui est dans nos placards n’est pas forcément indispensable...

Voici ce que le notaire y a trouvé :
-  deux coffres de bois noyer fermant à clé, assez petits, en bon état.
-  deux bancs bois sapin.
-  un garde robe en bois blanc, fermant à clé, à demi usé.
-  dans ledit garde robe, dix chemises d’homme en toile de ménage (tissée à la maison), fort usées et en partie hors de service.
-  cinq linceuls (draps), quatre desquels sont rongés et les autres mi-usés, de même toile.
-  six serviettes et huit nappes, le tout plus que demi usé, toile de ménage.
-  six chemises des enfants, aussi demi usées, susdite toile.
-  plus, s’est trouvé dans ladite maison deux lits, à demi garnis de toile de ménage, fort vieux et rompus, leur quel bois étant de sapin.
-  auxdits lits, s’y est trouvé trois couvertes (couvertures ) et une quatrième couverte de toile.
-  quatre coutrets ou garde-paille (housses de paillasses) fort vieux et rompus, en toile de ménage.
-  cinq pots de fer à faire potage, le plus grand tenant quinze écuellées, le second huit, le troisième six, le quatrième quatre et le cinquième, plus petit d’eux, pour faire potage aux enfants. Tous fort bons, à la réserve du petit qui est percé.
-  un seau pour tenir l’eau.
-  six assiettes, six plats, cinq écuelles, une tasse et une gondole (gourde que l’on emportait dans les champs). Le tout en étain commun et une salière et un pot de demi-pot (le demi-pot ou chopine = environ un litre).
-  un bassinoire de lit, fort vieux.
-  deux poêles à frire, l’une vieille et l’autre assez bonne.
-  un chaudron aram (de bronze) de grandeur moyenne, assez bon.
-  un poids de peu de valeur, sans balance allant dessous. (il s’agit d’une balance romaine, mais sans plateau. Uniquement le fléau et le poids.)
-  deux chenets de fer, de pesanteur de 20 livres (pesant dix kilos).
-  deux banastes (corbeilles) d’osier toutes rompues.
-  trois calleux ou lampes, à demi usés. (lampes à huile, de type romain)
-  une bassine de cuivre pour pendre, fort bonne.
-  un fusil de peu de valeur.
-  une pioche.
-  deux méchantes (mauvaises) haches du poids de 5 livres (pesant environ deux kilos et demi chacune).
-  un serpe presque neuf.
-  deux eysses (houes) fort petits et vieux.
-  dans le fond de l’un des coffres ci-devant inventoriés s’est trouvé les papiers suivant : s’ensuit une liste d’extraits notariaux d’obligations, contrats de mariage, testaments, contrats de location de terres, quittances de dot, achats de terres, etc ... Papiers de famille ultra précieux, même si leur propriétaire était incapable de les lire ! Il était indispensable de pouvoir les sortir en cas de litige.
-  et finalement s’est trouvé huit aies (planches) de noyer scié, de peu de valeur et de toute inutilité.

Et c’est tout !!!!!

Mais - direz-vous - il n’y avait même pas une table ? Et bien non ! Deux planches étaient « dressées » sur des tréteaux au moment des repas, de manière à ne pas encombrer inutilement l’unique pièce à vivre. D’où l’expression que nous avons gardée : « dresser la table ».

Vous aurez sans doute aussi remarqué qu’il n’y a que deux lits. Ce qui est ... largement suffisant pour une famille ! Un pour les parents et les très jeunes enfants. L’autre pour les plus grands qui le partagent, éventuellement, avec le grand père ou la grand mère, encore vivant. A quatre ou cinq dans un lit, on se tient chaud... ! Dès dix, douze ans, les enfants cèdent leur place aux suivants et vont dormir dans la paille de l’écurie. Ce qui, à tout prendre, n’est pas la plus mauvaise place ... le bétail dégageant une chaleur animale plus efficace en hiver que le feu de l’âtre !

Et les couverts ? On n’en parle pas dans cet inventaire. Et pour cause ! La fourchette n’avait pas encore fait son apparition dans nos campagnes. Quant aux cuillères, elles étaient taillées chaque hiver dans un morceau de bois, s’usaient vite et ne méritaient pas qu’on les mentionne dans un inventaire...

D’aucuns pourraient croire qu’il s’agit des biens de l’un des plus pauvre du village. Mais point du tout ! Grégoire avait dans sa cave : deux bons tonneaux de bois de chêne, liés de cercles de fer, le plus grand desquels plein de vin du lieu, de la contenance de quatre charges de vendange (environ 280 litres). Le second étant vide. Dans les écuries : la quantité de douze brebis, ayant sept agneaux de la présente année, ni en ayant que deux mâles. Plus 13 anouges (bêtes d’un an) de l’année dernière : cinq mâles et huit femiaux. Plus cinq grosses chèvres et deux chabris de l’année dernière. Comptant en tout trente neuf bêtes.

Plus une jument poil rouge, avec son bât et barde, de l’âge de quatre ans. Plus deux pourceaux mâles.

Certes, Grégoire n’était pas richissime. Mais c’était un Ozois « moyen »,« plutôt aisé », propriétaire d’un cheval et d’environ quatre hectares de terre, capable de nourrir sa famille et de quitter cette terre en transmettant un « bon »héritage à ses enfants.

Si la plupart des biens inventoriés sont « à demi usés ou vieux », ce n’est pas dû à la pauvreté, mais au souci de ne rien gaspiller, de ne rien jeter qui puisse encore servir et de tout utiliser jusqu’à usure totale. Vous avez sans doute noté qu’il n’y a aucun pantalon, aucune robe, dans le garde-robe. On ne possédait qu’un habit à cette époque et quand après plusieurs années, il tenait raide de crasse et était plus usé qu’une serpillière, on se débrouillait encore d’y retailler des vêtements pour les enfants. Seules les chemises étaient lavées une fois l’an et se transmettaient à la génération suivante. Leur toile de chanvre était si épaisse qu’il fallait plusieurs générations pour en venir à bout... C’est pourquoi nous les trouvons dans cet inventaire !

Sans vouloir revenir à un tel dénuement, nous pouvons sans doute commencer à mettre de côté quantité d’objets que nous n’utilisons plus et qui le 13 août prochain feront merveille sur le boulodrome pour le succès de notre deuxième vide-grenier !

Alors, tous à nos placards ! Et, si nous les vidons un peu pour garnir un stand... cela fera au moins de la place pour les babioles que nous ne manquerons pas d’acheter aux autres exposants ... ! MFA - juillet 2005