Un Ozois assassiné

Par  mfa  lundi 25 juillet 2005.
 

Un Ozois assassiné

Au début du XIXème siècle, la vieille maison de Louis Bertrand était occupée par une famille Brochier, des cousins des Brochier de l’actuelle maison Bermond de la place et de ceux de l’actuelle maison Sauvebois. Etienne, dit Terrasson, avait épousé juste avant la Révolution, Marie Illy de Richardet, un hameau de Saint-Auban d’Oze. Ils avaient eu sept enfants. Trois n’avaient jamais atteint leur première semaine et leur fille Rosalie était morte en 1815 à dix huit ans. Seuls, un garçon et deux filles avaient survécu.

Etienne misait donc tout sur Jean, son unique fils né en février 1790. Un beau garçon, bien droit et qu’il rêvait déjà de voir prendre sa succession à la tête de son petit domaine...

...mais le Ciel en avait décidé autrement !

A vingt ans, comme tous les jeunes de France, Jean dut participer à Veynes au tirage au sort de la Conscription pour le canton. Sur les conseils de son cousin Laurens Brochier, alors curé de Rueil-Malmaison près de Paris, Etienne avait beaucoup prié dans les semaines qui précédaient. Pour faire bonne mesure, lui qui ne fréquentait pas trop l’église, avait même acheté un gros cierge de cire blanche pour l’autel de la Vierge... Un cierge qui lui avait tout de même coûté le prix d’un sac d’orge.... !

Malgré ce, Jean avait tiré un mauvais numéro ... Il était parti pour huit longues années de Service aux Armées... Et en prime, il y avait pris goût et avait rempilé pour trois ans .... !

Lorsqu’il s’était enfin retiré en 1821, Etienne qui venait d’avoir 63 ans, était prêt à lui passer ses terres.... mais Jean n’avait plus le goût à l’agriculture. Il avait trop “bourlingué” et, bien que sans solde et sans domicile, il n’envisageait nullement de rester à Oze. Il lui fallait “la ville”....

Il alla donc proposer ses services à la mairie de Veynes. Or, justement, Chabot, le garde champêtre, “se négligeait dans l’exercice de ses fonctions”. Jean tombait à pic... Un militaire.retiré du service... ! L’autorité et la rigueur dont on avait besoin ! On l’engagea sur le champ, le 11 février, pour 30 francs par an.

Il s’installa à Veynes, dans une petite chambre louée. Il était heureux et la municipalité appréciait ses services. Tout était pour le mieux.... sauf pour le père Etienne qui aurait préféré l’avoir à Oze pour les labours et les moissons...

Jusqu’à ce 12 mai 1827..... où, lors d’une tournée d’inspection, il croisa dans les bois de la montagne d’Oule, deux jeunes de Veynes, au quartier de Courbelon, au-dessus des Chaussières.

Les deux chenapans : Pierre Claret surnommé "le Blisc", 20 ans, fils du maître perruquier et Antoine Pons dit Grand Para, 23 ans, étaient tranquillement en train de couper des jeunes arbres “essence chêne”... Ce qui était formellement interdit ! Jean les interpelle, sort son carnet pour leur dresser un procès verbal, assorti d’une amende. Mais les deux sacripants ne se laissent pas intimider ... Le ton monte et....

Mais laissons plutôt la parole à un inconnu qui a relaté les faits sur une feuille de papier conservée aux Archives : “.... et l’ont tué à coups de hâche et on l’a trouvé que 8 jours après. Il était mort et lui ont oté sa montre et son fusil, c’est ce qui les a fait saisir.” Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils n’étaient vraiment pas très malins .... pour des assassins ! Retrouvé sur leurs indications, le 18 mai, le corps de Jean Brochier a été enseveli à Veynes.

Emprisonnés, puis conduits le 19 juin à la Cour Royale de Grenoble, devant la Chambre de Mise en Accusation, les assassins sont renvoyés devant la Cour d’Assises de Gap . Le 3 juillet suivant, le Procureur Général de Gap reprend l’acte d’accusation : “Premièrement, ont le 12 mai, dans une forêt communale, volontairement,et avec préméditation et guet-apens, commis un homicide à coups de hâche, sur la personne de Jean Brochier qui était dans l’exercice légal de ses fonctions. Deuxièmement, ont le même jour coupé du bois en délit. Délit qui aurait accompagné ou suivi l’homicide du garde.

Le 22 août, la Cour d’Assises se réunit et malgré la défense de leurs deux avocats “licenciés en droit”, le jury conclut à l’unanimité que les deux accusés “sont coupables, avec circonstances aggravantes”.

Vu l’article 233 du Code Pénal ( Tout meurtrier sera condamné à mort ), vu l’article 12 ( Tout condamné à mort aura la tête tranchée ) et vu l’article 26 ( L’exécution d’assassins de fonctionnaires ministériels dans l’excercice de leurs fonctions, aura lieu dans la commune de l’assassinat, pour l’exemple. ), en présence des accusés, la Chambre du Conseil du Jury de Gap condamne lesdits Pons et Claret à la peine de mort et ordonne que l’exécution se fera sur la place du Marchevil du bourg de Veynes et elle les condamne enfin, solidairement, au remboursement des frais envers l’Etat pour le déplacement de la guillotine.” . Il y en avait alors, une par département : celle des Hautes-Alpes était basée à Gap. Le 3 septembre, Corréard, greffier de la Justice de Paix de Veynes, rend compte de l’exécution : "Je certifie que ce jour d’hui, à l’heure de midi, lesdits Pons et Claret ont été successivement décapités, sur la place du Marchevil, en face de la maison Dupuy et de la Croix, par le nommé Roche et son aide, exécuteurs pour le département des Hautes-Alpes."

Nous ne savons pas si le père Etienne est venu assister à l’exécution des assassins de son fils.... Il est mort à Oze en juin suivant, en laissant sa maison et ses terres à sa dernière fille, future arrière-grand-mère de Louis Bertrand. Mais cette branche des Brochier s’est éteinte avec le garde-champêtre assassiné...

Quant à Pierre Claret qui aurait eu 21 ans quinze jours plus tard, il devait se marier le lendemain du crime avec Ursulle Echavel et l’histoire est bien triste.... Ils avaient - comme on disait à cette époque - fêté Pâques avant les Rameaux et le 30 décembre suivant, à une heure du matin, Ursule “s’est accouchée d’un enfant naturel de sexe masculin, auquel elle a donné les prénoms de Jean Antoine et le nom d’Echavel.

Difficile départ dans la vie pour ce petit bonhomme, sans père et pourtant fils d’un assassin guillotiné.... Ce que personne ne pouvait ignorer ... Sa mère ne s’est jamais mariée... Et nous nous sommes promis d’essayer de savoir ce qu’il est devenu.....

Juillet 2004 Marie-Françoise et Pauline