Enfin une église ...

Par  mfa  mercredi 27 juillet 2005.
 

Si en 1581, lors de sa nomination au prieuré de Véras, Antoine Chabrand avait généreusement décidé de ne pas abandonner ses ouailles, en attendant des temps meilleurs ... et même de prèter sa chapelle Saint Pierre pour servir d’église paroissiale, ses deux premiers successeurs - seulement de passage - poursuivent la double tâche de " prieur - curé ", sans réelle conviction.

En 1614, les choses changent quelque peu, avec la nomination d’un Veynois au prieuré. Issu de la bourgeoisie locale, cet Antoine Paviot s’installe à Véras et fait profiter sa parentèle de l’aubaine ! En effet, les revenus attachés à la charge de prieur sont nombreux et peuvent rapporter gros. On les appelle d’ailleurs des "bénéfices" : c’est tout dire !

Plutôt que de payer un inconnu pour prélever la dîme (impôt dû à l’Eglise, à hauteur du dixième des récoltes ) Antoine Paviot engage son frère Jean. Quant aux 30 hectares de Véras, sans faire publier à haulte voix aux carrefours accoustumés qui voudrait prendre en arrentement le domaine du prioré , il choisit de les donner à cultiver à son frère Jacques. Lequel s’installe à la ferme, avec Dyanne Fleur sa femme et leurs neuf enfants.

Dès lors, le prieuré prend l’allure d’une entreprise familiale très lucrative et les trois frères Paviot y vivent fort bien ... ! Ils n’ont même pas à entretenir un curé sur les bénéfices, comme cela se fait d’ordinaire, ... puisque c’est Antoine qui se charge de la paroisse d’Oze, au même titre que ses prédecesseurs ! Tout est pour le mieux, dans le meilleur des monde ... Les ozois continuent à avoir une église qui ne leur côute rien ... et un curé . Et les frères Paviot profitent du prieuré sans même devoir payer un curé sur les "bénéfices" .... Jean se "sucre" un peu au passage en prélevant la dîme et Jacques nourrit sans problème ses neuf enfants sur la ferme ... Il n’y a qu’Antoine qui fatigue un peu, à assurer la double charge de prieur-curé ... Mais il le fait volontiers, heureux d’assurer une situation enviable à ses frères .

Le problème est qu’il finit par s’épuiser à la tâche et décède subitement le 16 avril 1646, sans avoir eu le temps de résigner (transmettre) sa charge de prieur à l’un ou l’autre de ses neveux ... Les Paviot paniquent ! En trente ans, ils ont fini par considérer le prieuré comme leur bien propre. Jacques avait même "poussé" deux de ses fils vers la prêtrise, pour prendre un jour la relève... Et voilà que tous leurs plans s’écroulent, à cause sans doute " d’un débord de cerveau " ... Vite ! Ils tentent de faire nommer comme prieur un de leur frère : Pierre, alors curé de Chateauneuf d’Oze. Mais, ils ne sont pas assez rapides ou pas assez bien en cour à l’évêché ... et ils se font "doubler" par un certain Etienne Pauchon de Rabou, nommé prieur de Véras le 26 du même mois d’avril 1646.

Les frères Paviot doivent quitter Véras ... Et leur déception n’a d’égale que leur rage à récupérer "leur " prieuré . Ils manigancent tant et si bien que quatre ans plus tard, ils ont gain de cause et leur frère Pierre remplace enfin Pauchon au prieuré !

A nouveau, il y a trois frères Paviot à Véras : Pierre le prieur, Jean le collecteur de dîme et Jacques le fermier ... et pour être sûr de bien tout préserver et de ne pas épuiser Pierre prématurément, ils obtiennent en 1652 que Jean, un des fils de Jacques, soit nommé curé d’Oze : le premier curé depuis 1581 !

Malheureusement pour eux, cette belle organisation familiale est de courte durée. En 1657, Etienne Pauchon est renommé prieur ... et il a tôt fait de mettre tout le monde à la porte. Les frères Paviot sont remplacés en quelques jours par les frères Pauchon et dès janvier 1658 Jean Paviot, le curé, est prié d’aller loger ailleurs ... Il est donc contraint de louer une masure au village, dont le propriétaire fera accomoder le couvert, de sorte que Paviot puisse y demeurer . ( La première cure d’Oze ... où habiteront tous les curés jusqu’en 1910.)

Ces sordides manoeuvres ne sont pas vraiment à l’honneur des ecclésiastiques de l’époque. Pourtant - à bien y réfléchir - c’est un peu grâce à elles que les Ozois ont enfin gagné un curé et qu’ils trouveront la motivation nécessaire à la construction d’une église !

Pauchon a-t-il fini par se lasser de l’intrusion dominicale des paroissiens dans sa chapelle ? Ou bien est ce le curé qui a mis un point d’honneur à ne plus mettre les pieds à Véras ... ? A moins qu’habitant désormais au milieu de ses ouailles, il n’ait fini par les inciter, dans un élan de foi sincère, à l’édification d’un nouveau sanctuaire au centre du village ?

On aimerait le croire ... Mais, Pauchon le prieur, dans une lettre - malheureusement non datée - adressée à l’évêque, laisse deviner des mobiles beaucoup plus terre à terre : " les habitants, parce que ils nont jamais heu la force de rebastir ladite église parroisiale se sont servi de l’église sittué à l’enclos de Véras jusqu’à l’année dernière que pour leur plus grande commodité et pour l’intelligeance qu’ils avaient avec leur curé, ils ont faict bastir une petite chapelle au lieu d’Oze, mesme sans permission d’aulcun supérieur".

Quoiqu’il en soit, le 23 février 1682, la femme de Guilhem Illy lègue par testament : " douze chandelles et une livre dix sols à la chapelle nouvellement construite à Oze " Et le 17 juin 1685, lors de sa visite pastorale, l’évêque se rend à l’église dOze "bastie depuis deux ou trois ans seulement". ...

MFA - août 1997